Editions Proximités 2021, 178 pages. Fegue Raïssa Rita vit paisiblement à Ngambè, son village natal. Comme cadeau pour avoir réussi à son Baccalauréat, ses parents lui offrent des vacances chez sa grand-mère à Akono, à quelques kilomètres de Yaoundé. Lorsqu’un beau matin, le Directeur de l’A.N.A (Académie Nationale des Cadres d’Administration) venu pour l’inauguration de l’axe Akono- Ydé, s’arrête pour demander son chemin à une jeune fille séchant son linge, ses yeux brillent à la vue de la généreuse poitrine dont le T-shirt abondamment mouillé accentue les courbes… la vie de Ferari bascule. En un tour de baguette magique, ses haillons sont remplacés par des vêtements de luxe, son avenir alors hypothétique s’ouvre tel un splendide axe-lourd : stage et insertion académique à l’ANA, appartement coquet à Ydé, soins esthétiques hebdomadaires, etc. le tout assuré par le parrain bienfaiteur Martin, Directeur de l’ANA, qui a reçu un fervent quitus des parents de Ferari, le père infirmier et de la mère tenancière d’une petite pharmacie au village. Mais tout n’est pas aussi simple et Ferari le découvre peu à peu assez vite. Dans ce nouveau monde, pour voler de plus en plus haut, il faut savoir sacrifier des ailes : les ailes de la Morale, les ailes des valeurs, les ailes des amitiés, les ailes de l’innocence, et même les ailes des menstruations mensuelles…. Ferari doit s’adapter. Elle n’a pas le choix. Elle ne veut pas retourner à la misère. D’autant plus qu’elle vient de tomber follement amoureuse de Younouss, un bel homme de famille noble à l’avenir assuré de Ministre, et promis à Maryam, la meilleure amie de Ferari et qui d’ailleurs, en est follement éprise. Elle en parle à Ferari tous les jours. Elle rêve de Younouss. Ferari aime beaucoup Maryam… Maryam lui a sauvé la vie une fois…Mais Ferari ne veut pas retourner à la misère. Et Ferari veut Younouss. Ferari est prête à tout. A tout. Son ambition l’entraine dans un cycle vicieux de pratiques obscures et dégoûtantes pour s’arracher une place au soleil. Ferari est tel un magnifique cygne blanc qui au fil de sa valse là sous nos yeux, s’assombrit peu à peu, emporté qu’il est dans sa symphonie suicidaire pour voler haut, toujours plus haut… au milieu de nombreux prétendants qui valsent majestueusement tout autour de lui, tenant de leurs mains fermes des masques d’anges pour cacher à la lumière leurs visages de vampires, et qui le contemplent, un sourire machiavélique aux lèvres, assoiffés de chair fraiche, assoiffés de sang neuf… tandis qu’il valse, qu’il valse et qu’il valse là sous leurs yeux, à en perdre haleine… Ce que j’ai aimé dans ce livre : le thème qui est férocement d’actualité. Dans ce pays, jusqu’où la Jeunesse est-Elle prête à aller pour Elle aussi S’asseoir à la Table ? qu’est-Elle prête à sacrifier sans hésiter, sans l’ombre d’un remords, pour avoir le luxe d’une vie qui chatouille les plus hauts parvis de la République ? Ferari c’est moi, Ferari c’est vous : L’être humain éternellement confronté à 02 choix : l’Ombre et la Lumière. Mais quand nos besoins primaires et existentiels (manger, se loger, se vêtir etc.) deviennent aussi précaires que la pluie en plein désert, on bascule alors dans la faim la plus féroce… et que peut encore la Lumière à ce moment-là… ? Ne devient-Elle pas aussi pâle que le souffle de Ferari qui continue sa valse ensanglantée là-bas, dans le cercle des vampires aux visages d’anges… ? Ce que je n’ai pas aimé et qui m’a profondément frustrée : L’écriture précipitée. Rashel Malongo a un bon germe en terme de style, un très bon germe d’ailleurs. Un germe qui s’épanouira certainement si on l’arrose de travail et de discipline. Elle a du style. Elle sait captiver et intriguer. Mais tout est dit en résumé, en ramassé, à la va-vite. Un peu comme si on prenait les ingrédients d’un bon fumet et qu’on les mettait tous précipitamment dans la marmite… pour vite manger. Un peu comme si on courait frénétiquement après le temps… comme Ferari elle-même. Les personnages sont résumés. Vite bouclés. Comme des beignets jetés à la hâte dans l’huile chaude. Leur profil n’est pas assez poussé et corsé. Ils passent vite… très vite… tels de simples figurants. J’aurais aimé connaitre toute l’histoire de Ma’a Ndongo. La secrétaire toute puissante du Directeur de l’A.N.A. Son personnage est pourtant un magnifique prétexte pour un chapitre brillant. J’aurais aimé connaitre beaucoup mieux la grand-mère ange gardien de Ferari. Pourquoi n’avait-elle pas eu d’enfants ? c’était quoi son histoire ? j’aurais aimé une description physique détaillée d’elle. J’aurais aimé un chapitre entier sur Mathieu Younouss, et même un magnifique focus sur lui tout au long du roman… Oui, il est TROUBLANT et ESSENTIEL comme personnage. Il le méritait. Une halte appuyée sur ses déchirements intérieurs à chaque fois qu’il cédait aux exigences de l’Ombre : A quoi pensait-il ? que se disait-il ? Comment en était-il arrivé là ? il savait certainement tout ce que Ferari avait fait et continuait de faire dans l’ombre, pour l’avoir et le garder… ce qu’elle avait fait à Maryam…il ne pouvait ne pas savoir. Dans cette valse satanique, elle était une novice à côté de lui… il était plongé dans ce système bien avant elle… il savait… Il ne pouvait ne pas savoir… qu’en pensait-il… ? J’aurais aimé qu’il PARLE ! En Younouss, j’avais en face de moi un magnifique buffet… j’avais atrocement faim… mon estomac en faisait des crampes… et on ne me servait que de la salade. En vain, je haletais tremblotante, après l’énorme dinde de Pâques mais elle n’était nulle part. Tiens ! on est en Carême… pardi ! Ah j’aurais aimé tant de choses ! Ces 178 pages semblent le jalon et la fondation d’au moins 500 pages utiles et haletantes. L’éditeur aurait dû inviter la jeune auteure à poursuivre le chantier de la construction… car on ne lance pas le filet d’une fondation pareille pour une simple maison, mais bel et bien pour un immeuble d’au moins 03 niveaux. Est-ce que je recommande ce livre ? Oui ! Je n’en parlerais pas sinon. On ne le lâche pas du début à la fin. Haïrez-vous Ferari ? sans doute. L’aimerez-vous ? oui, peut-être bien. L’oublierez-vous, sitôt la dernière page achevée ? j’en doute…




