Analyse · 8 / 22

Tchiza, une braguette de trop ouverte

de Liliane Fokoua

Lecture
Danielle Eyango
Durée
4 min
Longueur
898 mots
Visuel : Tchiza, une braguette de trop ouverte
Mon analyse littéraire de « Tchiza, une braguette de trop ouverte » de Liliane FOKOUA — photo

On pourrait résumer ce roman aux péripéties d’une jeune femme dans sa conquête de l’Amour… Mais il y a bien plus : un profond déséquilibre affectif et une souffrance émotionnelle et psychologique qui aurait dû, pour moi, être le cœur de m’œuvre et ne pas être diluée ou étouffée sous le trop-plein de maquillage d’aventures amoureuses. Je suis restée sur ma faim, avec le constat que l’auteure elle-même dans la fougue de l’écriture (délicieuse fougue d’ailleurs…) n’a pas vu l’essentiel. Mais elle ne pouvait le voir. C’était au relecteur de le voir, cet essentiel et donc, d’inciter la jeune auteure à réécrire son texte : A plonger le narrateur dans une auto-psychanalyse concrète de son déséquilibre affectif, émotionnel et psychologique depuis son enfance, c’est-à-dire depuis La situation financièrement précaire se de ses parents La culpabilité de son impuissance face à la misère des siens Sa fragilité accentuée par les morts multiples des membres de sa famille La crispation frénétique d’angoisse depuis ses 9 ans qui fait d’elle, celle boulle assoiffée d’attention et d’affection au point de l’acheter Sa relation vis-à-vis de ce physique magnifique qu’elle a, mais qui, quelque peu cristallise encore dans son inconscient, cristallise encore cette obligation socio-psychologique qu’elle a à trouver l’amour à tout prix… Mais est-ce l’amour qu’elle cherche ainsi… ? à couteaux tirés… ? dans une danse ma foi suicidaire… ? au point de coucher volontairement avec ses propres violeurs… ? mais que cherche donc Fabienne… ? ou mieux…. QUI CHERCHE-T-ELLE… ? QUI…. ? Ou encore… QUI FUIT-ELLE… ? QUI… ? Le relecteur aurait dû épousseter tous les mots ou même tous les maux-placebo que l’auteur nous verse ainsi en plein visage, pour trouver le vrai mal dont l’intérêt est si captivant qu’il en aurait changé toute l’intrigue. Captivant du point de vue : De la vulnérabilité de la jeune fille, peu importe son continent, peu importe sa couleur de peau De l’aisance langagière de l’auteure De la singularité de l’œuvre qui n’aurait pas du tout alors le caractère-cliché d’un roman sur les aventures d’une jeune femme à la recherche de l’amour. De la fragilité de la nature humaine et ses ambivalences et ses contradictions profondes, fruits d’un tourment psychologique et même psychique inconscient De son importance quant aux violences qu’une être qui souffre, en l’occurrence la jeune fille, s’inflige à elle-même … Juste pour avoir l’impression de vivre. Les auto-violences. Les auto-flagellations ; les autopunitions. Car on est certain de ne pas mériter mieux. On n’en parle pas assez. Et voilà un roman qui survole tout cela… Pour s’attarder simplement sur le chapelet des relations amoureuses de Fabienne, la narratrice. J’ai l’impression cocasse d’entrer dans un restaurant et d’être servie le plat de résistance… Comme vulgaire dessert. J’ai eu l’impression de tenir entre les mains un trésor, qui ignore lui-même sa propre valeur… un peu comme Fabienne. Et ce trésor, c’est l’auteure elle-même. J’aime : Sa fluidité langagière Son sens des détails Sa spontanéité à narrer le présent tout en le ponctuant par des sauts frénétiques dans le passé, un peu comme des envolées, des transes. Ce n’est pas calculé. C’est son style. Et j’aime. Elle devrait le mûrir. Sa fragilité et son manque de confiance en sa plume : Elle en devient belle. J’aimerais que l‘auteure réécrive ce livre : il y a plein de fuites en avant… Fabienne la narratrice se fuit. Elle fait mine de se regarder dans le miroir mais elle recouvre ce dernier d’un voile… et c’est l’auteure elle-même que moi, je vois ainsi se fuir. Une plume qui pourrait être fabuleuse, si fabuleuse… Mais qui n’ose pas descendre dans la Nuit qui la tourmente… Y rester… et tremper sa plume dans l’encre de cette Ténèbre… Quitte à en mourir… de génie. Elle se distancie d’elle-même ; elle se penche sur le bord de son cœur… De son gouffre… Tel un simple passant qui se penche sur le bord d’un ravin et se contente de décrire ce qu’il y voit. Lilianne, ce précipice intérieur que tu fuis est ton salut. Tu as un talent pur d’écriture. Ne le dilue pas. Ne l’étouffe pas sous des « déblateries » futiles. Tu n’es pas futile. Tu as de la profondeur. Ecris ce que tu es. Deviens ce que tu es. Entraine -toi à descendre peu à peu dans ce gouffre, un pas après l’autre, un escalier après l’autre : Entraine- toi à écrire. Ta Muse t’attend au fond du ravin, et non sur le pont. Les muses ne sont jamais sur les ponts… Mais dans les abysses. Si tu penses que le Monde n’a pas besoin de ta plume, qu’elle n’est pas si importante que cela. Tu te trompes : C’est toi qui manques au Monde. Alors mérite toi toi-même. Mérite ce que l’Univers a mis en toi… Et saute dans le gouffre. Réécris ce livre, Lilianne. Réécris ce livre. Réécris. Autant de fois que possible. Le temps ne compte pas. Quand une naissance approche et que le bébé se met à donner de violents coups de pieds, l’Univers ne le presse pas : le Temps ne compte pas. Peu importe l’heure de la naissance, le bébé sera toujours à l’heure. Réécris. Autant de fois que possible. Regarde-toi dans le miroir et retire le voile : Tu es une écrivaine. Tu as ce don dans l’âme. Alors dépoussière. Dépoussière autant de fois que possible. Réécris. Deviens ce que tu es.


Analyse signée Danielle Eyango

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