Analyse · 10 / 22

Elles parlent d’amour

de Koutoukoute, Ange Yaga et Stéphanie Ndongmo

Lecture
Danielle Eyango
Durée
5 min
Longueur
1 157 mots
Visuel : Elles parlent d’amour
Mon analyse littéraire du recueil collectif «Elles parlent d’amour » de Koutoukoute, Ange YAGA et Stéphanie NDONGMO — photo

Trois histoires à l’eau de rose écrites par trois auteures camerounaises, et éditées par Nuances, une maison d’édition camerounaise qui semble vouloir se spécialiser dans du Harlequin à la sauce et aux ingrédients typiquement camerounais. J’ai dévoré ce livre léger et drôle, toute fébrile et excitée. Il n’a rien mais alors rien à envier aux Harlequin européens. Ce que j’ai aimé de façon précise : Les histoires se déroulent toutes au Cameroun, dans des villes, des rues ou des paysages que nous reconnaissons aisément le sourire en coin, et auxquels nous pouvons très vite nous identifier La virilisation caractérisée des hommes Camerounais La coquett-isation des paysages…du romantisme drôle et attachant à l’état pur peut aussi très bien se dérouler à New Bell… et non plus seulement au pied de la tour Eiffel… La libido ouverte et assumée des personnages sans toutefois verser dans une attitude de racaille… Le dynamisme du mouvement de l’histoire : Ca file, ça avance, on ne tourne pas en rond… La simplicité du langage La puissance d’identification de tout lecteur Africain : Que ce soit dans l’histoire elle-même, que ce soit surtout dans les personnages et leurs réactions et attitudes typiquement et culturellement africaines, que ce soit dans la description des lieux etc. Mon histoire préférée est de loin la première : « Une autre chance de t’aimer » de l’auteure Stéphanie Dongmo. Parce qu’il n’y a ici aucune incohérence ni dans le langage qui correspond à chaque personne, ni dans la vraisemblance des faits… Alors ça j’ai adoré ! une histoire typique à la « girl next door » qui peut arriver véritablement à n’importe qui un beau matin ! ici, aucun ingrédient un peu trop utopique et un peu trop surfait à la Barbara Cartland… Du direct. Du concret. Le tout, dans un contexte de profond camerounisme : On s’y reconnait à la seconde ! Parce que le niveau de langue est à la fois soutenu et courant. C’est du bon, du très bon Français (grammaire, syntaxe, conjugaison, orthographe limpides !) sans toutefois être du « gros » Français, c’est-à-dire, trop compliqué à comprendre. Je prends ainsi la peine de détailler avec précision ce que j’ai aimé dans cette délicieuse collection de nouvelles romantiques camerounaises, pour introduire, un peu embarrassée… je dirais même beaucoup embarrassée… L’unique chose qui m’a pincé le cœur, au fil de ma lecture pourtant enjouée. J’hésite… C’est toujours très délicat pour moi de faire ce type d’exercice, parce que je sais la souffrance derrière l’écriture et la publication d’un texte. Je sais. Je prie humblement l’éditrice et les auteures de n’y voir aucune offense, et de porter simplement une attention favorable à ma modeste contribution, au merveilleux travail qu’elles ont fait. L’initiative de tels livres est à saluer dans notre paysage littéraire camerounais. Les éditions Nuances jettent un véritable pavé dans la mare et je m’abonne directement à tous leurs romans d’amour à venir. C’est fantastique, une telle idée ! Et je ne doute pas que des millions de femmes camerounaises courront acheter ce livre et toux ceux à venir. Des millions de femmes… Et d’élèves, car les élèves ont toujours beaucoup aimé Harlequin… Et c’est ici que le bât blesse un petit peu. Un élève apprend une langue dans le Livre ou mieux, dans un roman. C’est bien pour cela qu’on les encourage à beaucoup lire. Un élève construit son niveau de langage, son niveau d’éloquence, et surtout sa richesse langagière dans le Livre… C’est pourquoi le Livre n’a pas le droit à l’erreur, encore moins quand celle-ci s’étale sur des pages et des pages et des pages… Le parler familier camerounais encore appelé « camfranglais » n’est pas du Français. Partant, il serait à tout le moins indiqué : De mettre entre guillemets des mots du « camfranglais » tels que « ndem », « djo » etc. Ou alors de les mettre en italique dans le texte ; Ou encore de les habiller à chaque fois d’un astérisque, et de préciser alors au tout début de lecture, quelque chose comme « tous les mots avec un astérisque relèvent de l’argot local… » Ainsi, le Livre n’insinuera pas, ou ne sera pas accusé d’insinuer dans le psychique de l’élève, que « ndem » et « djo » sont des mots de la langue Française et qu’il peut donc aisément les reprendre par écrit lors d’un devoir surveillé… Il serait adéquat de démarquer de façon claire et sans équivoque tous les mots du texte relevant du « camfranglais ». Non seulement, le « camfranglais » n’est pas du Français, mais ce n’est même pas une langue. Ne me comprenez pas mal, j’adore le « camfranglais » et je le parle tous les jours comme tous les Camerounais. Ce parler drôle et atypique crée une unité nationale véritable, qu’on le veuille ou pas. Mais dans un roman ou précisément, une nouvelle écrite en langue française, par principe, il n’a pas sa place. Le principe, lui, est froid. Maintenant, l’exception serait que si on l’y met (ce qui est une merveilleuse idée pour l’identification du lecteur soulignée plus haut), il conviendrait de le DEMARQUER parce qu’il ne relève simplement pas du Français. Et même, il n’est pas une Langue. Car, une langue signifie : Une grammaire, une orthographe, une conjugaison établies et actées. Ce que le « camfranglais » n’a pas. Si je prends simplement l’exemple du mot « ya » : Quand on dit « tu veux ya quoi ? » il n’y a ici aucune orthographe actée du mot « ya ». Mireille va l’écrire « yâ », Danielle va l’écrire « ya », Stéphane va l’écrire « yia », Alex va l’écrire « hia »… Ainsi, dans son livre par exemple, chaque auteur va s’amuser à écrire comme il l’entend (dans le sens le plus littéral de l’expression… !), attendu qu’il n’y a aucune Règle à laquelle se conformer. Car, le « camfranglais » n’est pas une langue. C’est pourquoi, son usage dans un texte (bien pensé je le re-souligne ! Excellent idée ! l’identification du lecteur est assurée !) doit être démarqué de manière flagrante, particulièrement dans un texte édité ; un texte édité n’a plus la liberté ou plutôt le libertinage langagier, que peut aisément se permettre un texte publié simplement sur facebook… Non. Le texte édité devient prisonnier obligatoirement des règles de la langue dans laquelle il est écrit… Et édité. Edité par une maison d’édition qui se veut manifestement sérieuse : J’ai adoré la couverture !!! les couleurs sont belles, attrayantes ! Les mannequins choisis sont splendides ! Dans le paysage littéraire camerounais, l’accent sur l’esthétique du Livre n’est pas trop pris en compte. Or, ici les éditions Nuances ont mis le paquet. J’aime la couleur pas trop blanche du papier, j’aime la qualité d’impression. J’ai passé un moment délicieux et léger de lecture entre excitation et fous rires ! Bravo aux éditions Nuances ! la Romance manquait véritablement dans notre littérature ! Bravo à chacune des trois auteures pour leurs histoires drôles, légères et décapantes ! j’ai adoré les lire ! Je les ai savourées d’une traite ! Je vous le recommande vivement ! et dire que là c’est simplement le volume 1… D’ailleurs, je le relis avant de dormir pour rêver un peu… Ça fait un bien fou !!! Vivement le volume 2 de la collection « Elles parlent d’amour ! »

Analyse signée Danielle Eyango

Partager cette lecture

Le cercle des lecteurs

Vos réactions à cette analyse

Avez-vous lu ce livre ? Prolongez la lecture : un accord, une nuance, un souvenir de page.

Prendre la plume

Chaque réaction est relue avant publication. Votre email n'est jamais demandé ni affiché.

0 / 2000 caractères