■ Daniel Alain Nsegbe Mutt-Lon emploie la ruse. Et ce n’est pas la première fois que je vous le dis. Depuis le 1er roman que j’ai lu de lui, à savoir « Ceux qui sortent dans la nuit », c’est l’une des choses qui me frappent. Cette inclination naturelle pour la prestidigitation. On dirait que c’est plus fort que lui. Ce qu’il montre n’est pas exactement ce qu’il veut vous faire voir. Ce que vous voyez n’est pas exactement ce qu’il faut regarder. Et à quelques centimètres près de l’angle qu’il faut, votre caméra loupe le clou du spectacle. Vous croyez avoir compris sans comprendre tout à fait. Vous n’avez pas fait attention aux « angles mo*rts », vous êtes K.O. Il vous a roulés dans la farine, comme il le fait avec ses personnages. Il a suggéré. Et vous foncez droit. Exactement où il veut que vous soyez. Sans qu’il ne vous ait jamais dit où il veut que vous soyez. Vous y allez de vous-mêmes, pensant « maitriser », alors même que ne « maitrisez » rien du tout.
■ Tel le Dé*mon de la Catéchèse Catholique, le pouvoir de Mutt-Lon est la suggestion.
Subtile. C’est un subversif dans l’âme. Un anticonformiste et un anticlérical passé Maitre dans l’art de « prestigiditaliser » une intrigue-fiction, afin d’implanter avec subtilité dans l’esprit du lecteur, et à son insu, le clou du spectacle. Pour convaincre, il ne faut pas tout dire. On leur laisse l’illusion de penser qu’ils décident d’eux-mêmes… d’où ses fins ouvertes dans ses romans. Mutt-Lon n’a pas besoin de prendre officiellement position. Vous la prenez de vous-mêmes. Pour lui.
Dans ce roman, Mutt-Lon fait semblant de se dévoiler, de jouer cartes sur table… pour mieux se camoufler. Avec lui, c’est toujours la ruse. Toujours le trompe à l’œil. Toujours la poupée russe.
■ De quoi parle « la Société des Bienheureux » ?
Dans leur grande majorité, les lecteurs vous donneront la même réponse. Permettez-moi de vous la restituer en paraphrasant quelqu’un que Mutt-Lon, depuis son tout 1er roman, s’achar*ne à talocher :
« En ces temps-là, il vous a été dit que dans ce roman, Mutt-Lon raconte l’histoire de Keman qui, rentré en possession d’une mallette mys*tique, est contraint de dilapider en une semaine, les millions dont elle se remplit le 7e jour quand l’horloge sonne minuit. Ce faisant, il intègre ainsi une société secrète de 12 personnes (comme les 12 apôtres…) contrôlée par le démiurge Nom Moro, dont il se doit d’obéir aux moindres instructions, sous peine d’être débranché de son énergie vitale et de mou*rir. Il vous a été dit que Mutt-Lon en profite ainsi pour dépeindre, tout au long des aventures de Keman, les manipulations de l’Etat et de l’Eglise qu’il rend manifestement responsables des maux qui minent la société camerounaise actuelle. »
Et ces lecteurs n’ont pas tort. C’est tout à fait vrai. Mais ce n’est pas tout à fait exact.
Si vous tiquez entre « vrai » et « exact » c’est parce que vous ne prêtez pas encore attention aux « angles mor*ts ».
■ Avec Mutt-Lon, il faut toujours placer la caméra à l’envers... pour obtenir l’image à l’endroit.
Il vous été dit… mais en vérité en vérité moi, Danielle Eyango, quand les temps furent accomplis, je vous dis que Mutt-Lon ne « profite » pas de l’intrigue autour de Keman pour illustrer comment l’Eglise et l’Etat mi*nent la société camerounaise. Keman et sa mallette sont le tour de prestidigitation.
En vérité, en vérité, je vous le dis, Mutt-Lon dans ce roman, de la première à la dernière page, raconte comment le couple (ou alors la même Personne…) Etat–Eglise maintient vous et moi prisonniers de la Caverne. Prison*niers d’une Matrice. Cøn*damnés à prendre des ombres pour la réalité. Cøn*damnés à courir après l’Ephémère-mallette… (Des millions qui s’évaporent, qui ne réalisent rien de constructif, et qui nous tiennent en haleine à chaque fois qu’ils remplissent la mallette…) Pour mieux nourrir l’Etat–Eglise de notre éner*gie vitale qui maintient solides, les parois de la Matrice.
■ Mutt-Lon vous dit que vous êtes, nous sommes, tous, des intelligences forma*tées, millimétrées et captives dans une Matrice. Dans un Logiciel.
En vérité en vérité je vous le dis, c’est de l’Eglise–Etat que Mutt-Lon « profite » pour vous narrer l’histoire de Keman. Keman c’est toi. Keman c’est moi. Keman c’est nous. Tournant en rond depuis des siècles dans une Matrice, et prenant des ombres pour la réalité, prenant l’Ephémère-mallette pour une fin.
Si vous placez votre caméra dans le sens commun à tous les lecteurs, vous acquiescerez certainement aux maux évidents qui nous minent, aux responsables que Mutt-Lon désigne, et vous irez même dans la direction qu’il vous suggère dans ce bal masqué : une révølution.
Mais, vu que vous n’aurez pas fait attention aux « angles mørts », vous manquerez de près quelques fins centimètres vitaux, telle l’énergie vitale que Nom Moro collectionne… et vous demeurerez ainsi prisonniers de la même Matrice, à la merci désormais... du marionnettiste en Chef, Mutt-Lon, qui vous aura ainsi convaincus par « la révølution », que ses ombres à lui sont désormais votre réalité, votre « souveraineté ».
■ En plaçant la caméra à l’envers, votre révølution ne sera plus confinée à l’intérieur de la Caverne-Matrice. Vous remettrez alors tout en question. Tout. Y compris Mutt-Lon lui-même...!
Puisque désormais, vous le VERREZ. Mutt-Lon ne croit pas en la gratuité. Le philanthrope selon lui, récupère toujours quelque chose. Alors pourquoi dans ce même jeu, Mutt-Lon vous s’échinerait-il à vous révéler GRATUITEMENT sur 264 pages, le jeu de l’Eglise-Etat ?
si vous osez me répondre que le gain pour lui, c’est le coût de l’exemplaire, donc FCFA 5 000… alors vous êtes totalement à côté de la plaque. Mais solidarité d’auteurs oblige, je ne vous le dévoilerai pas.
■ En vérité en vérité je vous le dis, tournez votre caméra à l’envers pour regarder à l’endroit. C’est de l’Eglise-Etat que Mutt-Lon « profite » pour vous narrer l’histoire de Keman. Dans cette fiction, Keman n’est pas celui qui t’emmène à l’Eglise-Etat, comme si celui-ci ne serait que collatéral. Non.
C’est l’Eglise-Etat qui t’emmène à Keman. Keman c’est toi. Keman c’est moi. C’est toi le dégât collatéral institutionnellement programmé. Tournant en rond dans une Matrice, et prenant des ombres pour la réalité, prenant l’Ephémère-mallette pour une fin. Prisonnier d’un Logiciel programmé et codé, sur des formules pølitico mathématiques établies depuis l’arrivée à nos côtes du premier bateau évangélisateur.
Tu es une marionnette. Je suis une marionnette. Nous sommes des marionnettes. Intellos comme analphabètes. Philosophes comme bayam sellam. Idiøts comme savants. Athées comme prêtres. Van*dales dans les rues, comme politiciens polissés. Nous sommes des marionnettes. Tout est programmé. Tout est orchestré, jusqu’à nos prétendues « révøltes ». Nous sommes exactement dans les carrés de damier où l’Eglise-Etat veut que nous soyons. Nous ne prenons pas ce Couple ou cette Personne au dépourvu. Jamais.
Toutefois, pour que cela ne soit pas bru*tal et dur à entendre ou à concevoir, le rusé magicien, Nom Moro Mutt-Lon, emballe cela dans la mallette d’une intrigue.
■ Le démiurge de la secte ici, c’est lui-même. Mutt-Lon. Mutt-Lon c’est Nom Moro. Et Nom -Moro c’est Mutt-Lon. C’est la même et unique personne.
Depuis son 1er roman, le rusé fait toujours intrusion dans son propre bal masqué. C’est plus fort que lui. Tel le crim*inel qui veut être présent sur les lieux du cri*me, assister même la police pendant les investigations, se prêter volontaire pour les fouilles en forêt, etc. Et comme tout le monde, il porte un masque. Il suggère les pas de valse. Et tout le monde fonce droit dans la direction qu’il veut, sans qu’il donne jamais l’impression d’avoir tout orchestré.
■ Dans « Ceux qui sortent dans la nuit », Mutt-Lon est Ada.
Dans la « Procession des Charognards », Mutt-Lon est Otto Makang.
Dans les « 700 aveugles de Bafia », Mutt-Lon est le pygmée.
Dans la Société des Bienheureux… Mutt-Lon est Nom Moro.
■ Mutt-Lon en a marre qu’on ne pige pas. Et cela s’illustre à merveille par le style d’écriture ici, qui est totalement décalé et rompt avec celui de ses précédents romans.
Ici, le style est sarcastique, moqueur, ironique, cynique, cin*glant, inso*lent, sans façon, ouvertement subversif, engagé, familier, sans gêne, sans scrupules, grøssier, érøtique, gøguenard, sans vergøgne, sans masque « apparent ».
Mutt-Lon agit ici tel le tu*eu*r en série qui en a ras-le-bol que la Police ne parvienne pas à piger et à le trouver, tant il est temps pour lui qu’une telle sagacité lui soit enfin reconnue. Alors, il se met lui-même à donner des indices. Il fait semblant de jouer cartes sur table sans se dévoiler tout à fait. Il en a marre qu’on ne pige pas, qu’on ne comprenne pas, il n’est pas là pour parler de sørcellerie, fichtre ! dans le bureau des investigations crim*inelles, le tu*eu*r en série trépigne des pieds sous la table, irrité...!
■ Vous doutez que Mutt-Lon soit Nom Moro ? allons à la page 147. Je vous l’ai dit, tel le psychøpathe qui en a marre que la Police ne comprenne pas, Mutt-Lon a des démangeaisons d’irritation et il joue à cache-cache en vous donnant lui-même des indices.
A la page 147, Mut-Lon s’invite lui-même « ouvertement » dans son œuvre. Il fait semblant de retirer le masque. Le personnage Nom Moro assiste alors dans cette scène, à la dédicace du roman « ceux qui sortent dans la nuit » de Mutt-Lon, à l’Institut Français du Cameroun. Et saisi par la perspicacité de l’auteur, Nom Moro germe ainsi l’idée de sa fameuse révølution, à savoir mettre à profit ses compétences mys*tiques pour renverser l’ordre des choses.
■ D’un côté, là-bas sur l’estrade de l’IFC, un Mutt-Lon encore ingénu, exposant naïvement comment des sørciers comme Ada dans son roman « Ceux qui sortent dans la nuit », pourraient redresser l’Afrique avec leurs talents.
■ De l’autre côté, assis dans l’obscurité totale, au fond de la salle de l’IFC, on a un Mutt-Lon ingénieux, qui sait déjà concrètement comment déclencher la réforme en question et quels secteurs toucher avec précision.
■ Nom Moro et Mutt-Lon sont la même et unique personne des deux côtés du miroir romanesque.
■ En vérité en vérité je vous le dis : lorsque Mutt-Lon fait mine de se dévoiler… c’est pour mieux se camoufler.
J’ai lu ce roman. Lentement. 03 fois. Et en ce qui concerne Mutt-Lon, je ne suis pas une ingénue. Ses masques, ses illusions, ses tours de ruse, ses tours de prestidigitation, ça prend pas avec moi. Je reconnaitrais l’architecte masqué entre mille danseurs du festival. C’est pourquoi je reconnais que ce roman est son tour de magie le plus abouti. Le plus réussi.
Vous direz peut-être« non » parce qu’avec le cœur du lecteur, vous ne serez pas rassasiés de sor*cellerie comme dans « Ceux qui sortent dans la nuit ». Mais moi je ne vois pas avec vos yeux. Je vois avec ceux de Mutt-Lon. Dès son premier roman, je l’ai VU dans le bal masqué. Merci aux Pères Jésuites de Libermann, qui au Secondaire m’ont appris à lire le livre… et à lire l’auteur.
■ Je vous avais dévoilé ici il y a 4 ou 5 ans, que la sorcellerie chez Mutt-Lon n’est que ruse, que son véritable ennemi c’est l’Eglise, c’est L’Etat. Il se cache sous le masque de la sorcellerie.
■ Et il y allait graduellement… de roman en roman. Il l’assumait subtilement. Dans « La Société des Bienheureux », il est monté en puissance. Ce n’est plus subtil. Il en a marre, je vous dis...
■ Dans « les 700 aveugles de Bafia » il n’y avait pas la sorcellerie, vous avez grincé… moi non. Je suis l’architecte masqué à la trace, je vous dis. Tel le profiler qui anticipe les gestes du crim*inel qu’il traque. Je connais parfaitement mon sus*pect.
■ Ici, dans ce roman, le bal masqué explose. Ou fait mine. Et vous avez l’impression de voir enfin… mais avec Mutt-Lon, tant que vous dites que vous voyez, votre péché demeure.
Mutt-Lon retire totalement le masque. Ou fait mine. Il attaque sans vergøgne et gi*fle alors à pleine figure l’Eglise-Etat. Pour mieux cas*trer dans la mallette ce qu’il veut vous montrer :
■Nous croyons agir sous l’effet de notre liberté. Mais nous sommes des matricules. Des esprits programmés. Prisøn*niers d’une Matrice au logiciel implémenté depuis des siècles, paramétré, et réactualisé. Nous sommes un projet pølitico-clérical. Nous nourrissons l’Etat-Eglise de nos énergies vitales pour mieux, être maintenus emmurés dans la Caverne-Matrice. Nos énergies sont collectionnées via la télé, via les bars à boisson, via l'Ecole, via les débats politiques à forte audience, via des philanthropes ou influenceurs surgis de nulle part, et à la fortune inexplicable, etc.
■Tel est le postulat audacieux de Mutt-Lon.
Si vous limitez ce roman à une basique aventure d’un membre d’une société secrète, et aux reproches quotidiens qu’on fait à l’Etat et à l’Eglise, le bla-bla-bla de tous les jours… vous passerez totalement à côté de ce que le démiurge masqué Mutt-Lon veut vous montrer.
■ Ce roman est son tour de prestidigitation le plus réussi. A offrir et à s'offrir en cette fin d'année. A lire absolument.
■Dans notre 2e épisode sur ce roman, nous analyserons son schéma narratif. Ce que j’ai baptisé" la Pyramide du Mal de Mutt-Lon."🌹




