Roman de 209 Pages Genre : Autofiction Quelle est l’idée directrice du roman ? C’est-à-dire la position que l’auteur soutient tout le long du texte, l’idée maitresse qui sert de fil conducteur au texte. Pour la déterminer, il suffit de se poser la question simple : Qu’est-ce qu’il veut me dire… ? ou si vous n’arrivez pas aisément à la trouver en procédant, eh bien lisez. Lisez simplement. « Quand tu lis, oublies que tu lis » disait mon Padre professeur. Le raisonnement que vous aurez à la fin de la lecture, peut-être une indignation, une juste colère, vous vous exclamez : « Mince !! donc c’est ainsi qu’on les traite ? c’est révoltant ! » l’idée directrice est là : ce que l’auteur veut coller dans votre conscience. Dans ce roman, l’idée directrice qui orchestre les vies des trois personnages principaux, est la dénonciation des mariages arrangés et imposés aux jeunes filles. En effet, la thèse soutenue qui semble soutenue par l’auteur, est que la jeune fille du Sahel a le droit de décider du moment de se marier, de choisir elle-même son époux, de définir dans une certaine mesure et selon ses ambitions, ses propres priorités. D’écrire elle-même la partition de sa vie. L’argument de poids ici, sur lequel s’appuie l’auteur, est que ces manœuvres devenues partie intégrante de la tradition et de la culture, sont en fait une violation institutionnalisée de l’Islam. L’auteur énonce clairement l’hadith (verset) qui y est manifestement piétiné. Il y a ici comme une défense, avec beaucoup mais alors beaucoup de tact, du vrai Islam, de l’Islam tel qu’il doit être pratiqué et vécu. C’est ce tact, Djaïli en a beaucoup, qui donne une grande noblesse à ses écrits. Je ne sais pas comment l’expliquer, mais il y a beaucoup de noblesse dans sa peinture des maux des femmes du Sahel. Les idées secondaires, c’est-à-dire : Sur quoi s’appuie l’idée directrice ? Quelles en sont les ramifications…? Quels sont les moyens invoqués par l’auteur pour soutenir son raisonnement ? L’auteur dénonce cette pratique en illustrant : La non scolarisation de la jeune fille du sahel Le peu d’importance et même de pertinence, puisqu’il s’agit de cela, accordée à son éducation L’étroitesse organisée et instituée de sa vie, ou mieux de la qualité de sa vie à l’unique mesure du mariage. Quelle est l’intention de l’auteur L’intention de l’auteur, dans ce roman, est : D’attirer l’attention des parents musulmans sur les véritables préceptes de l’islam dans le mariage des jeunes filles. D’attirer l’attention des parents et éducateurs sur l’EXISTENCE de la jeune fille du Sahel, en tant que personnes avec du potentiel, des rêves et des aspirations ; La prise de conscience de la jeune fille du Sahel elle-même… Le déclic. L’auteur est ici un peu le sauveur de l’allégorie de la caverne de Platon. Celle qui vient dans la caverne, souffler aux captives qu’en fait, ce ne sont que des ombres qu’elles contemplent depuis des lustres, et qui les emmène hors de la caverne à la lumière : La lumière de la prise de conscience… Et du choix en conséquence qu’elles doivent faire : Rentrer dans la caverne ou alors courir le risque de vouloir vivre debout sous le soleil. Mais quel que soit leur choix, à tout le moins, sauront-elles DESORMAIS, que leur monde n’est qu’une caverne et que le vrai soleil est à l’extérieur. Pourrait-on dire que Djaïli initie une révolution… ? sans aucun doute. Et pas la révolution des armes, mais la plus forte de toutes : la révolution psychologique et psychique, la révolution des consciences. Dans la caverne, les captives comment à s’émouvoir, à bouger, à REFLECHIR, et donc… A EXISTER. Thèmes soutenant l’idée directrice : Le traitement animal réservé aux filles : traitées et sélectionnées comme du bétail. Le bétail qui ne pense pas, qui ne rêve pas : au propre comme au figuré. Le bétail qui se contente d’endurer les coups de bâton et de mettre bas. Point barre. Il a aperçu Ramla au défilé scolaire et l’a triée pour être sa femme, elle a 17 ans il en a 50, peu importe. L’amputation émotionnelle de la jeune : elle n’a pas droit à l’affection, marque de tendresse, câlins de son père. Elle ne l’approche que s’il la convoque. Elle N’EXISTE PAS. La forte aliénation psychique des jeunes filles : On parle ici d’un endoctrinement puissant, basé sur une interprétation aliénante de l’Islam. On parle d’une assimilation qui vous retire sereinement, dès votre enfance, au plus profond de vous-mêmes, le sentiment d’ETRE. Et donc subséquemment, tout ce qui découle du fait d’ETRE : Le REVER, le DESIRER, le DECIDER, le CHOISIR, le REFLECHIR, le JAUGER, le DISCERNER, le PROTESTER, le PENSER, le REFUSER. Vous n’ETES PAS. Et puisque vous n’ETES PAS, votre existence n’est pas différente de celle du chien ou du coq ou du mouton qui N’EST PAS. Vous êtes dans l’enclos tel du bétail, et les hommes entrent en riant, et vous tâtent pour voir si votre chair est à leur gout, puis ils vous passent une corde au cou, et ils vous emmènent, chez eux, rejoindre le bétail/harem qui y est en captivité. VOUS N’ETES PAS. Le mariage incestueux entre cousins Le viol et les violences aux jeunes filles, normalisées, institutionnalisées, légitimisées, invisibles, tues. D’ailleurs « ce n’est pas un viol ! C’est une preuve d’amour ! » Hindou dira « on a soigné mon corps, mais pas mon esprit » normal. Un esprit…? Elle n’en a pas. Un esprit… ? cela supposerait une profondeur, un RESSENTI, un ETRE. Or, elle N’EST PAS. « Je dois soumission à mon époux ! Je dois être son esclave afin qu’il me soit captif ! Je dois être sa terre afin qu’il soit mon ciel ! Je dois être son champ afin qu’il soit ma pluie ! Je dois être son lit afin qu’il soit ma case ! Je dois épargner mon esprit de la diversion ! Si j’avais compris les conseils de mon père, j’aurais été soumise au désir de mon époux et ainsi, il n’aurait pas été obligé de me brutaliser. J’aurais dû m’estimer heureuse qu’il m’honore. Si j’avais compris les conseils de mon père, j’aurais été l’esclave de mon époux qui alors, séduit par ma docilité, se serait attaché à moi ! Si j’avais compris les conseils de mon père, j’aurais épargné mon esprit de la diversion et n’aurais pas été rancunière sur un malentendu. Un fait banal que je n’aurais pas dû dramatiser ! j’en aurais alors eu la tranquillité d’esprit ! » (Remarquez bien la répétition et l’anaphore : Si j’avais compris, si j’avais compris…) Il y a cette espèce d’avilissement et de « moutonnisation » et même de « moutonnisme » puissant de la jeune fille. Autant le ton de l’auteur est doux, autant il n’en est que plus violent et plus douloureux. Moutonnisation parce que dès le bas âge, la jeune fille est formatée, programmée, dans cette sorte de logiciel inhumain de dépossession de son humanité : Elle N’EST PAS. Dans ce roman, le lavage du cerveau, le formatage de la psychologie et même du psychique, je dirais, de la jeune fille est illustré de manière très blessante par cette litanie répétée et insistante : Munyal ! Munyal ! Munyal ! On dirait un CD volontairement rayé qu’on vous met dans le cœur et dans le crâne, mais enfin ma foi, plus dans le crâne que dans le cœur, puisque vous N’ETES PAS, et qui musicalise étroitement votre vie : Munyal ! Munyal ! Munyal ! D’où donc votre moutonnisme, c’est-à-dire que vous en acquérez le réflexe… celui DE NE PAS EXISTER, DE NE PAS ETRE. Vous devenez un logiciel. Votre vie se réduit et s’encercle autour de l’homme : Lui plaire, le servir, ouvrir vos cuisses, fermer votre bouche, lui plaire, le servir. Tel le mouton dans l’enclos. Point Fort : Arrêt sur image : Ramla, Hindou, Safira. Il y a ici 03 narratrices. Chacune des femmes se raconte elle-même On entre dans le monologue intérieur du personnage, son angoisse, ses peurs. De ce qu’elle est interdite de dire tout haut. On est dans les coulisses avec elle. On marche dans les couloirs discrets des pensées et angoisses humaines et non dites des 03 femmes. L’auteur : Quelle est sa compétence pour aborder le sujet ? Cadre spatio-temporel : nous sommes à Maroua, au Nord du Cameroun actuel, dans une famille musulmane polygamique. Style : le roman a la tonalité et la musicalité d’une prose poétique. Cette poésie en prose est orchestrée par la répétition, qui lui donne un rythme, une cadence. Cette poésie de la douleur munyal ! munyal ! munyal ! accentue la profondeur de la douleur des personnages. Structure : une série en 03 épisodes, avec un début et une fin. Chacun des épisodes correspond à une des femmes qui se raconte et se met à nu. Mon avis : Un classique de la littérature camerounaise et afro descendante. Un roman poignant.



