Analyse · 11 / 22

Chemins étoilés

de Boris Kiampi

Lecture
Danielle Eyango
Durée
4 min
Longueur
1 020 mots
Visuel : Chemins étoilés
Mon analyse de «Chemins étoilés» de Boris KIAMPI — photo

Contrairement à ce que l’on peut croire, je suis extrêmement critique et difficile en matière de littérature… Tout particulièrement quand il s’agit de la poésie. C’est pourquoi, je vous partage uniquement les livres que j’ai aimés. Uniquement. Je suis si chiante en matière de Poésie que je doute à chaque fois que j’achète un ouvrage poétique. Je doute de l’aimer. Tellement je suis exigeante. La Poésie n’est pas l’expression raplapla et ennuyeuse d’un sentiment amoureux. Ce genre de poésie amorphe et paresseuse, loin de moi ! pitié ! je la vomis ! je dois pouvoir planer, voyager, entrer dans un univers particulier, propre à l’auteur, avec une identité à lui, et non pas du « écrire pour écrire » et non pas « de la rime pour la rime ». Je dois être envahie, habitée, assiégée. Je dois pouvoir ressentir le corps étranger qui prend possession de mes sens. Comme je l’ai dit à ma dédicace à Ydé « dans un livre, le lecteur doit pouvoir faire l’amour avec l’auteur ». C’est une rencontre. Une fusion. Je peux ne pas aimer le style mais je dois reconnaitre le talent, la marque, l’identité, l’univers, le sceau propre à un auteur. Comme Baudelaire par exemple, dont je ne suis pas particulièrement fan. Contrairement à Lord Byron, Ronsard, Césaire, Verlaine, Lamartine, Fénelon, Albertine Sarrazin, De Vigny, De Musset, Langston Hughes, Maya Angelou, et le Blues poétique noir américain qui chante l’esclavage, et la poésie ancestrale que chantent mes mères dans les Miniya (contes en Duala) ou dans le Ngoso (chant traditionnel Duala) ainsi que la Poésie moyenâgeuse et des siècles passés etc. Ce recueil dont je m’en vais vous parler m’a foutu un sacré coup à l’estomac. Vu la jeunesse manifeste de l’auteur, j’appréhendais la poésie style raplapla des sentiments amoureux de lycée ou de fac ennuyeux à en bailler… Dans mon salon à Yaoundé, revenue de ma tournée média du jour, je fixais hésitante le recueil posé sur la table, et livré à domicile la veille… « Tsuip ! Sûr que je vais m’ennuyer ! pourquoi je l’ai même acheté ? »… Mais ne dit-on pas qu’aux âmes bien nées… La MUSICALITE. La musicalité des textes de Boris Kiampi est frappante. Si elle se corse encore, d’ici quelques années, sa plume donnera une musicalité parfaite. La musicalité n’implique pas des rimes à tout vent. Mais musicalité même dans le regroupage des consonnes et des voyelles, dans l’enchainement artistique des mots qui se suivent dans une phrase, sans toutefois en aliéner le sens. « … Je peux sourire au sillon de mes souvenirs… » une muse si mature dans un corps si jeune. « On dirait la poésie du XVI e siècle » ai-je pensé dès cette première page, en retirant définitivement mes talons, et en me couchant excitée, les yeux brillants sur mon canapé (depuis petite, quand un poème me plait, je me couche toujours. Cette position allongée sur le dos, permet à mon esprit de mieux quitter mon corps et de voyager aisément dans l’univers du poète)… Et les magnifiques envolées lyriques des pages suivantes confirmaient mon diagnostic : « Au soir du partage de la soupe du savoir, Tu n’as pas chanté mon nom aux cloches de tes appels Fille de la solitude Tu ne m’as pas invité au soir de ton souper … Jours de souvenir Jour de joie, Rendus au soir Je ne t’oublie. » Aaaaaaahhh ! Mon râle de plaisir fit accourir Rudolph mon concierge qui s’affairait dans la cuisine. Tsuiip, fit-il en me découvrant un simple livre à la main « tsuip ! la mère ci hein ! elle fait même je cours comme ça pensant qu’elle est tombée ! les livres sont partout dans la maison, quelqu’un ne respire même plus ! je dis hein la mère, tu vas manger quoi aujourd’hui ? tu vas encore partir à Penjaland doser le éru ? tu es là, tu lis tu lis, tu oublies de manger hein, après tu seras nerveuse ici quelqu’un en va pas respirer. Je m’en vais moi ajouter l’eau dans le pot des roses, tu cries encore je ne viens plus ! Tsuip ! » « Quoiqu’il advienne Quoi qu’il en soit Nous irons danser un de ces soirs » Oh la laaaaaaaaaa ! Le long tsuiiiiiiiip de Rudolph me répondit en écho… « C’est lui qui riait d’un éclat à la cour de ton départ, C’est aussi lui qui pleura du regard vain d’un soir » Oh que c’est beau ! Que c’est beau ! magnifique ! m’écriai-je, les sens proches de l’orgasme. Orgasme qui ne se déclencha totalement qu’à la lecture de « Chantre » mon poème favori de ce recueil de Boris Kiampi. C’est devant « Chantre » que j’ai non seulement confirmé le XVIe siècle, mais également mis un nom précis sur le poète de cette époque qui influençait la plume du jeune auteur. Je voyais sa silhouette depuis le début de la lecture, mais elle était encore comme floue… Mais face à « Chantre » je lisais clairement Ronsard. C’était Ronsard : « Direz, chantant mes vers, Ronsard me célébrait du temps que j’étais belle » . Dire que j’aime Ronsard est un euphémisme. Sa musicalité est parfaite. Ses chutes sont magistrales. J’ai valsé sur « Chantre ». Mes sens ont explosé et mon âme a fait des orgasmes. Ma Muse a joui, repu d’une telle perfection. N.B : J’invite l’auteur à corser et à bosser encore plus sur sa plume, afin tous ses futurs textes poétiques aient la musicalité et le tempo parfaits de « Chantre ». J’aime dans son style à la fois le lyrisme très prononcé mais également le côté engagé. Sa poésie est dynamique et résolument engagée tout en étant lyrique. Et cela, c’est son style et c’est juste parfait. Cette identité hybride gagnerait à raboter de mieux en mieux la musicalité du côté lyrique. J’ai beaucoup aimé la poétisation abondante des termes purement scientifiques et du domaine de la Médecine. Autre cachet de l’auteur que je l’encourage à garder et à travailler, pour éviter des dissonances et déraillements parfois dans la musicalité…. Le lyrisme, l’engagement, et la science sont les 03 ingrédients propres à lui qui font son identité. Un ouvrage que je vous recommande fortement. Disponible à Librairies des Peuples Noirs (Ydé) et aux Editions du Midi au 6 97 44 90 82 Ci-dessous ma déclamation de « Chantre », mon poème favori de Boris Kiampi.


Analyse signée Danielle Eyango

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