● Roman de 360 pages ● Genre : Fiction romanesque, saga, prose poétique. ● Description de l’architecture du récit (style, présentation du récit, scène initiale) Un patchwork, le patchwork de la vie. Un patchwork est une pièce de tissu composée de morceaux de différentes couleurs, cousus les uns aux autres. On en fait souvent pour les grandes couvertures soit du lit soit des canapés. Ici, au Cameroun, on appelle cela « chercher le mot », vous voyez ces habits que le couturier réalise avec plusieurs bouts de tissus ou de tissus pagnes différents. « Les Jours viennent et passent » est un patchwork de la vie. Ici, il n’y a pas une intrigue principale, à suivre tout le long de roman. Ici, le héros c’est l’Etre Humain Lui-même, c’est la Femme, c’est la Famille. On dirait une saga avec des épisodes qui se suivent mais s’entremêlent les uns dans les autres, c’est-à-dire qu’ils se suivent de façon logique et non pas comme une dictée en phrases détachées comme on nous en faisait au Primaire. La maitrise du fil du récit ici, la maitrise est monumentale. Il n’est pas aisé d’écrire un récit pareil, sans intrigue principale, sans héros principal, simplement des vies qui viennent et qui passent tout en étant liées les unes aux autres. Ecrire un tel récit, tout en le rendant captivant, relève d’une parfaite maitrise de l’art littéraire. Ecrire une vie ou des vies, ou une succession de vies, nouées les unes aux autres tels de gros nœuds d’une même corde, tout en créant à chaque génération, des personnages forts et caractériels tout aussi atypiques les uns que les autres, c’est cela le génie de Hemley Boum. Elle sait exactement où elle va et où elle nous mène. Elle tient sa longue et robuste corde truffée de nœuds par intervalles, d’une main de fer : Chaque génération a une ou des problématiques fortes. Chaque génération. Chaque génération est à elle seule 1 ou 2 romans à part entière. Chaque génération. On peut tout aussi bien les sortir du roman principal et avoir une histoire tout à fait complète. On peut tout aussi bien les réinsérer dans le Gros Œuvre sans qu’il n’y ait aucun déraillement, aucun couac, aucune dissonance. Hemley a construit un Roman composé de plusieurs autres romans, l’histoire est époustouflante de fluidité, de logique et de finesse, et les histoires séparées, qui composent l’Histoire principale, sont toutes aussi complètes en elles-mêmes et époustouflantes de fluidité et de finesse : Mais comment a –telle fait cela ?! C’est de la science. De la science littéraire. Oui, la Littérature est une Science. L’écriture ici est dépouillée. Aucun fard. Aucun maquillage. Aucun trop plein la vue. Il faut se concentrer sur l’architecture déjà assez complexe, alors on ne va pas en rajouter avec une écriture trop hyperbolique. Non. On reste simple. Résolument simple. Mais il faut un aromate tout de même. Il faut que cela sente bon. Il faudrait qu’on valse en traversant ces multiples vies, c’est-à-dire qu’on glisse sur plusieurs générations sans même s’en rendre compte, on ne doit que valser et valser l’air de rien. L’architecte Hemley Boum doit nous distraire. Absolument. Sinon on trouvera cette saga lourde. Y’a-t-il aromate ou plutôt valse plus entrainante que la poésie… ? Non. Alors, l’architecte Hemley nous sert en musique de la prose poétique. Tout le roman est une forte prose poétique. Chuchotement poétique poignant. Il y a de la douceur dans cette écriture. Aucune agressivité : Oui c’est une valse. Vous valsez, vous valsez et vous valsez… Les dialogues extérieurs (extravertis) et intérieurs (introvertis) des personnages augmentent le caractère poétique en créant une sorte de berceuse littéraire. La valse est fluide… On glisse sur la piste les yeux et l’esprit tout entiers absorbés dans cette saga transgénérationnelle de femmes, d’amour entre les femmes, de lien caché et puissant entre les générations. Oui, c’est une saga. Samagli et Awayah sont les deux matriarches ici. Si on dit qu’elles sont défuntes, ce serait essentiellement faux. J’insisterai beaucoup sur la racine « essence » contenue dans cet adverbe. Elles sont vivantes. Debout. Elles sont les deux colonnes stables et verticales d’une échelle : L’échelle de la vie, l’échelle de la famille. Une célébration de la Femme, ESSENCE de TOUT. Entre Samgali et Awayah, passent des vies, elles ont engendré et construit des vies, comme les barres horizontales d’une échelle. Sans elles, les deux colonnes stables, l’échelle ne tiendrait pas. Tout s’écroulerait. Tout perdrait de son ESSENCE. Alors, elles ne peuvent mourir. Non. Elles ne sont pas mortes. Elles sont éternelles. Elles valsent simplement dans la pièce d’à côté. Celle des anges gardiens de la famille. Celle que Anna rejoindra… Anna, leur fille, la première barre horizontale de l’échelle, qui engendrera toutes les autres qui se superposeront au-dessus d’elle. Anna, celle qui doit transmettre aux autres l’ESSENCE de la Famille, l’ESSENCE de Samgali et Awayah. Anna qui a voulu fuir, tel Jonas fuyant la mission d’évangéliser Ninive… Mais Anna qui est rattrapée par le sang- le bois de l’échelle, le bois-sang qui lie toutes les barres les unes aux autres : On n’échappe pas à son histoire. Elle nous hante et nous détruit tant qu’on en fait pas un miel pour le présent et l’avenir, une ESSENCE qui justifie et donne un sens à notre vie. Non, on ne vient pas sur terre pour rien, on vient perpétuer une vie, on vient perpétuer des vies. On vient vivre parce que d’autres ont vécu avant nous… On vient vivre pour d’autres qui ont vécu avant nous. La valse ne doit pas s’arrêter. On doit continuer de valser.
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Histoire de Samgali et de Awayah -
Histoire d’Awayah et de Bouissi ou encore Anna de son nom de baptême -
Histoire d’Anna -
Histoire d’Abi et de son mari Julien -
Histoire de Tina et de Max -
Histoire des 4 amis : Jenny, Ismaël, Max et Tina -
Histoire de Jenny et d’Ismaël
Sept. Sept romans complets dans ce seul et unique chef d’œuvre : Les jours viennent et passent. Sept et pas moins. Comment a-t-elle fait cela ?! Sept. Entremêlés les uns aux autres avec une aisance … Pourtant loin d’être évidente. Comment a-t-elle fait cela… ?! Sept. Sept gros nœuds sur une seule et même corde. La corde du fil de l’histoire, de la saga. La corde que Hemley tient avec maestria, et sans l’air d’y toucher. Tout en courant dans le stade, de la situation initiale à la situation finale. Son souffle est hallucinant. Sept. Et pas moins. De la science. De la pure science. Comment elle fait pour tenir autant sur la distance ? Sur les générations ? 360 pages CAPTIVANTES. 7 romans dans UN SEUL. Hemley fait du 700 mètres impeccables et non bâclés.
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Scène initiale : Abi emmène sa mère Anna à l’hôpital… Et la valse débute sur ce trajet. Anna est en train d ‘être mourir… Et les souvenirs remontent à la surface. Le sang de Samgali et Awayah valse dans ses veines. Elle ne peut plus fuir. Elle se souvient. Elle doit se souvenir et léguer la valse à Abi… Elle doit lui raconter d’où elle vient, son histoire. Elle doit lui transmettre la vie…Cette échelle supportée par les deux colonnes Samgali et Awayah, on peut la monter et la redescendre tout en restant toujours dans la même famille : C’est une saga familiale.
Saga familiale, la famille constituée des morts qui sont toujours en vie, des vivants qui tirent leur substance vitale leur identité de l’histoire héritée des morts, de ces personnes autour de nous avec qui nous nouons des liens un peu comme des nœuds d’une même corde, elles se greffent à nous et font partie de nous ; les morts qui rentrent aisément dans notre vie à toute heure de la journée, le lien indestructible qu’il y a dans le sang qu’on nous transmet de génération en génération.
● Problématiques :
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Tribalisme -
Endoctrinement des jeunes et enrôlement dans des sectes terroristes -
La nécessité de grandir au sein d’une famille -
La fragilité des jeunes filles abandonnées à elles-mêmes -
L’influence des blessures ou handicaps intérieurs dans le choix d’un conjoint, la décision de se marier et les brisures et ruptures dans ce mariage -
L’invitation à se construire avant de se marier et non de se marier pour se construire, il ne s’agit pas ici d’une construction externe à l’homme… Mais plutôt d’être un homme debout à l’intérieur. Ayant apprivoisé et même ayant pris conscience de ses démons, pour pas que ceux-ci détruisent sa vie psycho-affective et sociale. Etre un homme debout et non pas, se marier pour être debout. -
Le choc de cultures entre l’indigène et le colon -
Le manque de compréhension entre les 2 cultures, le manque de pont, d’inculturation : Awayah est cet africain encore d’aujourd’hui, allant à la messe par pure convenance mais ne renonçant pas à sa tradition : C’est plutôt une fierté ici qu’un reproche. -
Célébration de l’existence éternelle et perpétuelle des rites et traditions africaines -
Sournoiserie des belles familles africaines -
La force de la Femme en tant qu’essence de la famille. La féminité est ici célébrée et exaltée. A côté de ces femmes, les hommes semblent si enfantins, si perdus, si déséquilibrés… Comme une invitation à la Femme d’Afrique à prendre conscience de son importance en tant que canal de VIE mais alors pas juste la vie à l’accouchement, c’est bien plus que cela, en tant que canal de VIE comme canal du SENS D’UNE VIE, de l’ESSENCE D’UNE VIE. -
L’invitation à prendre en compte la beauté, la fragilité et l’importance dans nos vies, des gens qui nous entourent. Eux aussi, font partie de cette valse, eux aussi valsent avec nous.● Ce roman est une célébration littéraire musicale : -
De la beauté de la vie -
De la beauté des drames qui jalonnent ou musicalisent notre vie -
De la fragilité humaine -
De la famille aussi toquée soit elle -
De l’Humain, tout simplement.● Mon avis :
Je n’avais encore jamais lu un Hemley Boum. Eh oui, j’ai commis cet impair (sourire). Ce roman est mon tout premier. Un Chef d’œuvre.
La force de ce récit est son ARCHITECTURE. Oui, écrire est une science. Hemley Boum est magistrale. Oui. Magistrale. Roman à avoir à tout prix dans sa bibliothèque.
A lire et à relire. Je vous promets une valse sans fin. Vous valserez tant et si bien qu’à la 360e page, vous aurez le réflexe ô combien naturel de chercher la 361e, et donc de valser encore… Encore… Et encore…
« J’attendrai puisqu’il le faut, puisque tu me le demandes.
La peur au ventre j’attendrai car je ne crois plus aux promesses de l’avenir.
Tu l’as bien vu, le temps qui passe ne nous appartient pas.
Un battement de cils, à peine une absence
Et ta famille s’écroule, tes amis meurent.
Le sol se dérobe sous tes pieds.
Ta vie s’effrite entre tes doigts sans que tu n’y puisses rien changer.
J’attendrai quand je voudrais ne jamais te quitter des yeux, te garder près de moi.
J’attendrai quand je voudrais veiller sur ton sommeil et m’assurer à chaque minute à chaque seconde des battements de ton cœur.
J’attendrai quand je voudrais nous garder sous cloche pour nous protéger de la furie du monde.
J’attendrai car ce n’est pas le regard qui crée la beauté, la beauté est la beauté ! en cela, elle attire le regard.
Tu es la beauté et moi le regard ébloui, foudroyé, j’attendrai mais je voudrais te dire :
Que nous ne serons plus jamais aussi libres, aussi forts qu’en cet instant fragile et souverain.
Que ce qui n’est pas aujourd’hui est perdu pour toujours.
Car la folie guette et la mort rôde.
Que c’est maintenant, là, toutes affaires cessantes qu’il faudrait s’aimer.
Mais j’attendrai puisqu’il le faut, puisque tu me le demandes. »




